
jeudi 2 décembre 2010
Les couleurs oubliées

dimanche 28 novembre 2010
My Nights and Lights
lundi 22 novembre 2010
Avatar onirique
Les personnages de mes rêves étaient les compagnons fidèles de cette année hypersomniaque. Aujourd'hui encore, je les considère être parmi mes meilleurs amis. Je vous vois venir - Inès a-t-elle perdu la tête pour nous parler de ses amis imaginaires?. Soit, admettons que j'aie perdu la tête; il est conseillé de laisser au fou l'occasion d'exprimer son délire - hochez donc la tête d'un air compréhensif et compatissant. Oui, les personnages de mes rêves ont été mes fidèles compagnons. Il en est que je n'ai croisé qu'une fois, et qui m'ont néanmoins laissé une vive impression: c'était le cas par exemple de ce vieux bonhomme édenté au regard espiègle de garnement turbulent. Certains étaient récurrents et une sorte de familiarité s'était installée entre nous au fil du temps, ce qui nous donnait le droit de nous tutoyer et de prendre des nouvelles à l'occasion: je ne manquais jamais de partager un brin de conversation avec la charmante hôtesse d'accueil de l'hôtel dans lequel j'avais habitude de descendre à chacun de mes séjours néptuniens. Et il y en avait un qui était omniprésent.
Je ne saurais dire si j'ai pris conscience de sa présence dans mes rêves que depuis mon année hypersomniaque, ou si je l'ai toujours su, sans que j'en garde le moindre souvenir diurne. Toujours est-il que sa présence discrète mais continue dans mes songes devint un élément rassurant de mes longues heures de sommeil. Je l'aperçus une première fois alors que je me frayais un chemin dans une foule dense d'êtres tous semblebles, tous vêtus de gris et de noir, marchant tous dans la même direction, la direction opposée à la mienne; il se cachait derrière les silhouettes en mouvement si habilement que je ne pus voir précisément ses traits. Je ne retenus de lui que son habit d'une blancheur éclatante. Les nuits suivantes, je ne fis toujours que surprendre un mouvement, une ombre furtive ou un bruit léger comme un tissu qui se froisse. Il se dérobait toujours à temps pour que je ne puisse voir son visage. Bien que son attitude me décontenançait, je savais d'instinct que je n'avais rien à craindre de cet inconnu.
Un soir, isolée dans ma tristesse, murée dans ma mollesse hypersomniaque, je m'endormis d'un sommeil si subit que je n'en avais pas eu le temps de me déshabiller avant de me coucher. Je tombai dans le monde de mes rêves par une chute aussi vertigineuse que celle qui mena Alice au Pays des Merveilles. J'heurtai le sol dur bruyamment. Il faisait noir. Il n'avait jamais fait noir dans mes rêves. Je me relevai pour parcourir l'espace à tatons, je n'y trouvai que des murs, sans aucune issue. Je ne sus que faire. Je m'assis pour attendre, convaincue de devoir mourir ici, ou d'y être déjà morte, condamnée à une éternité sans lueur. Le désespoir le plus noir me gagnait, alors que j'énumérais mentalement les regrets et les remords d'une vie à peine à moitié vécue, presque totalement passée dans un lit à dormir et à pleurer. Je tremblais de froid dans cette obscurité chargée d'humidité et de silence. Au bout de ce qui me sembla de longues heures, je me rappelai la silhouette vêtue de blanc qui me suivait partout dans mes songes. Etait-ce possible qu'elle m'ait suivie jusqu'ici? A peine eus-je formulé la question en pensée, qu'un murmure me caressa l'oreille: Oui, je suis ici, j'ai toujours été ici.
Je ne sursautai pas de cette voix inattendue répondant à une question que je n'avais même pas formulée, cette voix qui me sembla connue sans que je ne l'aie pourtant jamais entendue. Je tournai la tête vers la direction d'où était venu le son.
- Je ne me sens pas la force de vivre. Peut-être suis-je dans le fond de ce puits noir pour m'allonger dans le froid et attendre la fin.
- Je ne crois pas avoir de destin à accomplir.
- Vivez votre réalité. Cessez de la craindre et de la fuire dans votre sommeil. Battez-vous contre ce qui vous lie les mains. Laissez votre corps ressentir le monde qui l'entoure. Cessez de ne pas croire en vos ambitions, jetez-vous à corps perdu dans vos projets. Ne vivez pas à moitié, vivez; n'aimez pas à moitié, aimez.
jeudi 18 novembre 2010
Le verre vide
dimanche 26 septembre 2010
Lisez-moi, je vis et je meurs dans vos yeux
Certainement avez-vous été surpris, en ouvrant votre boîte aux lettres, d'y trouver mon enveloppe. Son aspect peu ressemblant aux missives formelles à la blancheur industrielle, je l'ai voulu pour pouvoir faire danser dans vos prunelles une lueur d'étonnement. Je vous imagine chercher sur l'envers le nom de l'expéditeur, sans le trouver. Je vous imagine passer le doigt sous le pli scellé et déchirer le papier en suivant la rainure. Je vous imagine sortir de l'enveloppe une feuille pliée en quatre, puis la déplier. Je vous imagine étudiant brièvement mon écriture serrée avant de vous attaquer à proprement parler à la lecture. Je vous imagine arriver à la fin de ce paragraphe, à la fin de cette phrase vous demadant où puis-je bien vouloir en venir.
Tout ceci tient en trois mots simples : je vous aime. Vous vous demanderez certainement: ne pouvais-je tout simplement pas venir vous le dire, mon regard amarré dans votre regard? Non, ceci m'aurait été impossible; aussitôt vous verrais-je en face de moi attendant d'entendre ce qui vallut que je vous interrompe dans votre promenade matinale qui croise par hasard mon errance, je ne saurais que m'éclipser derrière une banalité de circonstance, une information à quérir, une maladresse agaçante. Je le sais pour l'avoir tenté plus d'une fois par le passé; voyez, vous-mêmes actuellement êtes en train d'essayer de vous rappeler en vain le visage de la passante qui vous demanda le chemin du musée, ou encore la voix de celle qui s'excusa pour vous demander l'heure. Cessez de vous creuser la tête: c'est que mon aspect si ordinaire, si commun, si peu intriguant, n'aura laissé aucune trace dans votre mémoire.
Je vous aime. Sans vous connaître je vous aime. Oh je ne suis pas une de ces groupies qui s'évanouit pour votre regard fait de deux diamants noirs ou pour votre sourire énigmatique. Je vous aime pour une raison que je ne connais réellement, si ce n'est qu'elle m'a imposé cette évidence avant même que j'aie posé un regard sur vous. Je vous ai toujours aimé, et la première fois que je vous ai vu, j'ai reconnu en vous l'objet de mes sentiments.
Lorsque l'amour est vécu au travers de soupirs distants, les pensées sont des caresses, les mots sont des baisers. Je vous écris pour vous donner la seule étreinte que je puisse vous donner; j'espère que la lecture suscitera en vous cette chaleur au corps que ressentent ceux qui se savent objet de désir. Au moment où je vous l'écris, vingt-quatre heures avant que vous ne la lirez, j'envie cette feuille de papier qui sera dépliée et tenue dans vos mains, à portée de votre pouls, à la lisière de votre souffle. Si j'étais moi-même de papier, j'aurais pris une paire de ciseaux pour tailler ma chair jusqu'à me donner comme contours exacts le pourtour de vos paumes. Ainsi auriez-vous pu me chiffonner en me serrant dans votre poing fermement; mes dernières secondes de conscience, juste avant que l'air ne me manque, je les aurais vécues compressée entre votre ligne de coeur et votre ligne de vie.
Lisez-moi, je vis et je meurs dans vos yeux.
Amoureusement,Inès
mardi 7 septembre 2010
Jivago mon Amour

Mon deuxième Docteur Jivago était un lâche au coeur tendre, un homme-enfant aux murmures de velours. Avais-je toujours su qu'il était incapable de me suivre jusqu'au bout, qu'il était capable de me laisser seule dans le noir sans indication du chemin de retour? Oui, je l'avais toujours su, mais cela ne changeait rien, ni alors, ni maintenant. Le-petit-Youra-dans-un-corps-d'adulte lisait de la poésie qui le dépassait. Il me donna des mots qui me rendirent meilleure mais qu'il ne comprit jamais lui-même.
Mon troisième Docteur Jivago était une illusion trompeuse qui m'infligea des blessures réelles. Yuri-de-contrefaçon, amour-haine fantasmé sans être jamais vraiment vécu, il joua à un jeu qui lui brûla les ailes et qui me vieillit un peu. Trébuchement après trébuchement, il me mena à chercher la compagnie de ce dont j'ai toujours voulu m'éloigner. Miroir aux alouettes où je vis mon propre reflet pour la première fois, démonstration par l'absurde.
Mon quatrième Docteur Jivago vivait dans l'encre de la plume de Boris Pasternak. Sous les aspects d'un monologue sibérien je m'éveillai à la nécessité de romancer pour conjurer ma mémoire trop vivace et rejouer mes drames manqués ou réels. Yuri-le-poète, mon meilleur compagnon, interlocuteur interne de mes préoccupations métaphysiques, qui imprime sa touche discrète dans mes mots et mes images.
Mon cinquième Docteur Jivago était un inconnu qui me connut dans mes retranchements les plus profonds et dont je ne réussis jamais à percer vraiment le mystère. Quand je posais mon oreille sur la poitrine de Yuri-le-soldat je ne sentais pas son coeur battre; quand il posait un regard sur moi je frissonnais, mélange de peur et de désir. Je ne sus jamais s'il était mort de l'intérieur où s'il n'avait jamais vécu. Les dernières traces du poison de son âme - ou de son absence d'âme - continuent à courir dans mon sang et éveillent la douleur d'une brûlure au corps, l'urgence incandescente des cinq sens en attente d'une proie ou d'un prédateur.
Mon sixième Docteur Jivago est un rêve, un mirage que je n'ai pas encore saisi, que je n'ai fait qu'entrevoir, mais que j'aime déjà plus que moi-même. Yuri Jivago qui caressa mon coeur par un mouvement esquissé dans la brume de mes songes nocturnes tourne en rond jusqu'à trouver mes traces de pas, jusqu'à ce que je croise son sentier.
Jivago mon Amour, dont je serai la Tonya et la Clara à la fois.
vendredi 30 juillet 2010
11:30
vendredi 16 juillet 2010
La jeune fille sous le clair de Lune

mercredi 23 juin 2010
La barrière de silence
La fin de l'après-midi apporta avec elle une ambiance lourde et pesante, chariée par les nuages gris annonciateurs d'un orage qui couvraient peu à peu le ciel. Bientôt, il fût sept heures, l'heure de mon rendez-vous quotidien avec toi. Je me rendis à la fenêtre et j'attendis. Au bout de quelques minutes, je te vis: venant au loin, passant devant ma maison sans y prêter la moindre attention, continuant ton chemin jusqu'au bout de la rue, et entrant dans la dernière maison visible depuis chez moi. Tu disparus à ma vue, et les quelques secondes de vie de ma journée s'étaient déjà écoulées. Je retombai bientôt dans mon abattement habituel.
Je ne pouvais pas venir à toi, je ne pouvais que te regarder de loin. Une barrière invisible et insurmontable nous séparait. Tu ne me connaissais pas, et je ne pouvais pas te laisser me connaître. Mais je t'aimais sans t'avoir jamais approché, et j'étais condamnée à ne vivre cet amour que retranchée derrière le silence. J'étais atteinte d'un mal qui me dépassait et me dominait, en me rendant incapable de faire le moindre pas envers toi: j'avais le coeur fané par une mélancolie qui était devenue ma seule compagne de vie depuis plusieurs années, j'avais le coeur brisé sans qu'il n'aie jamais pu cicatriser, j'avais le coeur en état de mort clinique. Et je ne t'aimais que par la réminescence que ta vue offrait à ma mémoire, par ce grand plongeon en arrière par la remarquable similitude de tes traits avec ceux de mon fantôme du passé. Mon premier amour a été le dernier, et mon second amour n'a été que la redite premier.
Alors je ne pouvais que te regarder sans venir à toi; il ne fallait pas que cette fois-ci cela se termine comme la fois précédente, et pour ne pas finir, il ne faut pas commencer.
Au bout de quelques minutes d'errance dans ces pensées, je revins à moi, je retournai me coucher, je retournai dans cet état d'énervement entre la veille et le sommeil, et je recommençai à parler seule. Arrivée au bout de mon inspiration, je recommençai depuis le début, et ma version avait considérablement changé. Je mentais, je me mentais, mais je n'avais rien d'autre, surtout pas la vérité. Puis je me tûs. Et je prêtai l'oreille à l'orage qui avait éclaté entre-temps.
************
Le lendemain matin, la chaleur avait repris son bourdonnement au-dessus de ma tête. Je sortis sur le seuil de ma porte pour prendre sur moi une parcelle de soleil. En ouvrant la porte, je remarquai qu'une enveloppe était posée sur le paillasson. Je me baissai et la ramassai. Je la tournai et la retournai, mais aucun nom d'expéditeur ni de destinataire n'y figurait. Je l'ouvris alors, pour en sortir une simple feuille de papier, une feuille quadrillée certainement déchirée d'un cahier, sur laquelle était griffonnée visiblement à la hâte un court message:
Chère demoiselle,
Rencontrons-nous à sept heures comme tous les soirs. Mais cette fois-ci, pourquoi ne nous rencontrerions-nous pas devant votre portail plutôt que derrière cette barrière de silence?
Décontenancée, déçue et révoltée, voilà comme je me sentais d'avoir finalement découvert... que ton écriture était différente de celle de mon fantôme du passé. En colère, triste et perdue. Comment avais-tu osé briser la perfection de mon amour retrouvé? Je passai la journée en proie à ces sentiments vénimeux, et mon humeur noire se répercuta sur toute chose que j'entrepris, sans en réussir aucune.
A quelques minutes de sept heures, désespérée de devoir abandonner mon rituel, maintenant que la réalité l'avait profané, je descendis les stores, et dans l'ombre je me terrai, accompagnée de ma seule mélancolie, ma si fidèle mélancolie. Finalement que pouvait-il me rester sauf la certitude que le monde ne s'effondrait pas que parce que je faisais tout pour suspendre le temps?
Quand l'horloge murale passa à sept heures, une larme coula sur ma joue, s'attarda sur mon menton, puis vint s'écraser sur ma main. Voici comment j'enterrai mon premier amour: sans cérémonial, sans épitaphe.
Sans que ma tête ait eu le temps de contrôler mon corps qui se mit à agir de lui-même, je me levai, ouvrit la porte, traversai les quelques mètres qui me séparaient du portail. J'avançai les yeux rivés sur mes pieds qui avançaient, hébétée de ce qui se passait. Quans je m'arrêtai à hauteur du portail, je levai les yeux, et je te vis, qui m'attendais. Sur ton visage je lus un grand sourire, si différent de celui de mon premier amour. Tu me saluas, avec une voix si différente de celle de mon premier amour, et dans le court instant de silence qui précéda ma réponse, tu me regardais avec un regard si différent de celui de mon premier amour. Je sentis à cet instant une blessure se cicatriser sur mon coeur. Peut-être qu'un jour tu m'infligeras aussi une cicatrice au coeur, mais en cet instant je ne m'en souciai pas. Finalement n'est exempt de cicatrices que le coeur qui n'a jamais vécu. En ce moment précis, je sus que je n'aimais ni ta différence ni ta ressemblance avec le passé, je n'aimais que toi, simplement toi, tel que tu m'apparus à cet instant.
"Allons marcher", dis-je pour briser définitivement et irrévocablement la barrière de silence.
Alors que nous marchâmes, nous parlâmes, longtemps, très longtemps. Arrivés au bout de notre inspiration, nous recommencions depuis le début, et la version n'avait pas changé. Nous nous disions la vérité, et le mensonge restait en arrière, derrière la barrière de silence. Puis nous nous tûmes. Je te pris la main, et par ce geste je recommençai à vivre dans le présent.