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vendredi 19 novembre 2010

La mort de l'insecte


Il n'est créature vivante qui sache concentrer en elle l'ensemble des règles de l'harmonie que nous nommons la beauté comme le font certains insectes. Des canons géométriques aux sophistications les plus aérodynamiques , des associations de couleurs chatoyantes aux énigmes arithmétiques. Le microcosme est peuplé de reines et de rois, aux armoiries frappées sur les carapaces, aux ailes flottant comme des étendards, au port altier battant la mesure sur six pattes et deux antennes. Inconscients de leur propre grâce, ils oscillent entre mouvement et immobilité, silence et musique; chaînons entre l'animal et le minéral, alliance fragile de la bête et de l'artefact.
Quelques jours, quelques heures: c'est leur durée de vie. Mangés, écrasés, "insecticidés", ... sous la semelle d'une chaussure, dans l'estomac d'un oiseau, ou encore sur d'autres scènes de crimes... quand l'insecte meurt, l'indifférence du monde pour ce qu'elle a fait de plus beau marque son ironie cruelle.

mardi 9 novembre 2010

LadyBug



J'ai trouvé une tache rouge sur mon manteau noir. La tache rouge était animée. Je la regardai de plus près et je constatai qu'il s'agissait d'une coccinelle. Je me rappelle de ces années d'enfance où je croyais que les points noirs sur la carapace rouge symbolisaient l'âge de la coccinelle; la petite bête qui court maintenant sur le long de mon index aurait deux ans. Une éternité à échelle microcosmique.


Je me rappelle aussi de ces autres insectes rouges et noirs, que je confondais avec les coccinelles, les cordonniers. Je me rappelle de l'horreur avec laquelle je découvris un jour dans un buisson des milliers de cordonniers grouillant dans toutes les directions. Je sentais des fourmillements sur mes mollets et je baissai le regard pour voir des centaines de pattes et d'antennes qui remontaient le long de mes jambes. Je reculai, je me débattai, je frottai ma peau avec mes mains, je pleurai.


Si peu de différence entre une coccinelle et un cordonnier, à notre échelle humaine... mais quand l'un m'inspire dégoût, l'autre ne manque jamais de me plonger dans une sorte de quiétude poétique alors que je la dépose doucement sur la feuille d'un arbre.